Menu principal :
Autres sujets techniques
Dans cette rubrique, je vais aborder certaines questions techniques qui ont fait évoluer ma pratique des moteurs d'échecs ces dernières années.
Les sujets
Le Elo n'est pas une mesure absolue
J'attribue toujours aux vieux moteurs d'échecs un niveau Elo qui, en réalité, n'a guère de sens par rapport aux moteurs d'aujourd'hui. Car le Elo est une mesure très felative. Quelques explications utiles pour savoir de quoi nous parlons.
Style des moteurs d'échecs : comment éviter la convergence ?
Lorsque les moteurs d'échecs modernes ont beaucoup de temps pour réfléchir ils tendent à jouer le même coup, gommant ce qu'il y avait de particulier dans leur style jeu. Pourquoi et comment s'en prémunir ?
Moteur d'échecs Dos sous DosBox : quel gain en puissance ?
Les vieux moteurs fonctionnant dans des applications sous Dos avec DosBox, bénéficient d'un gain en force évident. Mais de combien, exactement ?
Etude concernant le module de réduction de force d'Arena
Force(%) est un système utilisé par Arena (et d'autres interfaces ou moteurs) pour ralentir le temps de réflexion du moteur. C'est un outil qui n'est pas facile d'emploi car diviser le temps de réflexion par deux ne divise pas du tout la force par deux... Explications.
Bayeselo -
Bayeselo est une application console conçue pour évaluer le niveau Elo d'un joueur ou d'un programme à partir d'un lot de PGN. Mode d'emploi de cet excellent mais austère petit outil.
DosBox, l'émulateur Dos Parfait
Fiable, facile à utiliser, utilisable depuis Windows, MacOs ou Linux, DosBox permet de faire tourner mieux qu'à leur époque ces vieux moteurs au style de neu si naturel qu'on dirait des adversaires humains...
Comment bien régler une table de hachage ?
Un bon réglage de la "hashtable" est la condition nécessaire pour qu'un moteur d'échecs joue au maximum de ses possibilités. Voici l'essentiel de ce que vous devez savoir à ce sujet...
Style des moteurs d'échecs : comment éviter la convergence ?
Comme vous le savez, je suis particulièrement intéressé par le style des moteurs d'échecs. Depuis plus de dix ans je travaille à la caractérisation stylistique des moteurs - ce qui a d'ailleurs fait le succès de mon site. Depuis trois ans, je me consacre prioritairement à la création de personnalités pour le moteur Rodent IV, afin de recréer le style de jeu des grands maîtres du passé (et plus accessoirement ceux d'aujourd'hui).
Je veux évoquer ici un problème que j'ai découvert moi-même assez vite concernant la bonne conservation du style : plus on laisse au moteur un temps de réflexion important, plus le style natif (ou pré-programmé dans le cas de Rodent) sera gommé. C'est ce que les programmeurs de moteurs d'échecs appellent la "convergence des moteurs". 
Plusieurs coups possibles à faible profondeur, un seul à grande profondeur
Il est assez facile de comprendre pourquoi cela se produit : un moteur algorithmique classique est doté de deux composants principaux, une fonction d’évaluation et une fonction de recherche. La fonction d’évaluation porte l’essentiel du style, car c’est elle qui définit la manière dont le moteur “voit” une position. La fonction de recherche, quant à elle, explore l’arborescence des coups de façon guidée (par l'évaluation), jouant un rôle analogue à la capacité du joueur humain à examiner les conséquences possibles d’un mouvement envisagé.
La différence est que la puissance de calcul et les techniques d’élagage utilisées par les moteurs modernes permettent d’explorer cette arborescence à une profondeur sans commune mesure avec les capacités humaines. Dans des contrôles de temps longs, comme ceux d’un championnat du monde, un moteur dispose de plusieurs minutes pour chaque coup ; sur un ordinateur actuel, c’est énorme. Dans ces conditions, les choix induits par une personnalité préprogrammée tendent à se rapprocher fortement, voire à coïncider, avec ceux de la personnalité par défaut. Même une évaluation orientée de manière discutable est alors généralement corrigée par la profondeur et l’efficacité de la recherche, ce qui conduit à une dilution du style jusqu'à sa relégation à la périphérie des décisions (une marge d'autonomie restant possible dans les zones les plus floues).
Ce qui est vrai pour une personnalisation de Rodent IV est vrai aussi d'une manière plus générale pour tous les moteurs récents ou relativement récents : si on leur laisse beaucoup de temps pour réfléchir sur un coup, ils vont, quel que soit leur style initial, converger vers les mêmes réponses. Seules les marges seront différentes. Malheureusement, c’est une limite structurelle des moteurs algorithmiques modernes (le problème se pose différemment pour les moteurs à intelligence neuronale).
Il y a des solutions mais elles impliquent toutes des restrictions. 
Utiliser le moteur avec des contrôles de temps brefs
Sur un ordinateur de bureau moderne, avec un contrôle de temps de 7 minutes par 40 coups, nous obtenons un temps moyen de 10,5 secondes par coups. Je pense que c'est une limite haute au delà de laquelle la convergence devient trop importante. Avec ce contrôle de temps de 40/7, un moteur moderne comme Rodent IV réfléchira 5 ou 6 secondes dans les situations claires mais mobilisera 20 à 30 secondes pour les situations critiques. Un temps pour lequel la convergence sera déjà sensible. En résumé, c'est sur les contrôles de temps assez rapides que le style d'un moteur s'exprimera le mieux.
L'inconvénient bien sûr est que le moteur ne donnera pas le meilleur de ses capacités dans des parties de ce type. Mais le niveau du moteur restera cependant suffisant pour une majorité de joueurs.
Réduire les performances brutes du moteur
Beaucoup de moteurs récents permettent de déterminer le nombre de cœurs mobilisés pour la réflexion. C'est le cas par exemple de Rodent IV. Si vous ne mobilisez qu'un seul cœur - au lieu de 4 ou 6 - l'exploration de l'arborescence sera beaucoup plus lente et vous pourrez employer un contrôle de temps bien plus long. Dans le même esprit, vous pourrez ramener la taille de la table de hachage à 64 ou 128 Mo. Dans ce cas, le CT pourra aller de 40/10 à 40/15 selon la machine.
Brider l'ordinateur pour moins limiter le contrôle de temps est une excellente approche. La qualité de l'évaluation sera meilleure qu'avec un CT plus petit mais le moteur sera moins fort car il explorera moins profondément. En partie blitz en effet, les moteurs modernes vont adopter une gestion agressive du temps et se contenter trop facilement de coups simplement opportunistes. Un CT de type "Blitz" déforme aussi le style.
Cela dit, cela ne nous permet toujours pas d'adopter des CT très longs type "championnat du monde".
Désactiver un ou plusieurs procédés d'élagage
Les procédés d'élagage étaient connus depuis des décennies mais utilisés avec parcimonie. Ils seront modernisés puis empilés les uns sur les autres et employés de manière extrêmement agressive à partir de 2006 et dans les trois ou quatre ans suivants. Cela a donné des moteurs comme Rybka - très fort tactiquement mais dont le jeu paraissait incompréhensible.
Stockfish, Komodo ou Rodent IV sont plus forts que Rybka mais paraissent plus logiques, plus positionnels, plus humains. C'est parce que, après les excès du calcul brut, les programmeurs ont redonné la parole à l'évaluation. Mais aucun moteur techniquement évolué ne peut se passer d'heuristiques d'élagage. L'idéal serait de pouvoir réduire leur agressivité voire même de désactiver certaines heuristiques, mais peu de moteurs nous laissent une marge dans ce domaine. Stockfish, par exemple, ne propose rien. Rodent IV laisse une possibilité mais elle est peu pratique. Komodo est le mieux disant en la matière. Il offre beaucoup de possibilités de réglage fin sur ses quatre grandes heuristiques d'élagage. En résumé, il faudrait étudier les possibilités des moteurs au cas par cas.
Quoi qu'il en soit, il faut savoir que supprimer toutes les heuristiques d'élagage d'un moteur, si c'était possible, aurait beaucoup de conséquences lourdes. D'abord, il faudrait s'attendre à un effondrement du niveau Elo (plusieurs centaines de points). Mais on perdrait aussi beaucoup en qualité de réflexion. Car l’élagage ne sert pas uniquement à aller plus loin, il sert surtout à aller aux bons endroits de l'arborescence. Sans élagage, le moteur va explorer des lignes que même un joueur humain moyen aurait vu comme sans intérêt. Il gérera très mal les positions ouvertes, sera tactiquement médiocre et sera particulièrement mauvais en finale, phase du jeu qui a besoin d'une exploration à beaucoup plus grande profondeur.
Utiliser de vieux moteurs intégrés à des applications pour Dos
J'ai passé une époque à admirer certains vieux moteurs pour applications sous Dos (Voir : Osez les programmes Dos). Ils fonctionnent à la perfection avec l'émulateur DosBox et ils sont beaucoup moins sensibles à la convergence en raison de la faiblesse relative de leur recherche. Les meilleurs bénéficient en revanche de fonctions d'évaluation très finaudes qui font de ces vieux moteurs des partenaires au style de jeu très naturel. Leur force varie entre 2000 et 2500 Elo - selon l'époque.
Utiliser des moteurs de puissance limitée ou des vieux pros
C'est une variante du point précédent : vous remplacez les moteurs Dos par des moteurs plus récents mais développés par des programmeurs amateurs. Il y en a des centaines mais j'ai passé des années à établir une sélection qui tient la route. Vous privilégierez les moteurs entre 2200 et 2500 Elo.
Il est évident qu'un moteur amateur de 2400 Elo arrivera beaucoup moins facilement à converger vers les résultats qu'obtiendrait Rodent IV avec ses 3000 Elo et sa recherche très sophistiquée.
Dans le même ordre d'idée on peut utiliser des moteurs de professionnels mais anciens. Quelques exemples : Crafty (style rationnel très classique, genre Euwe) Toga II (style dynamique, genre Kasparov), Fruit 2.2.1 et Naum (jeu positionnel pur), Glaurung (attaquant parfois spéculatif, un Tal light).
J'allais oublier un moteur qui s'impose dans cette catégorie : le moteur The King de Chessmaster, conçu dès le départ pour éviter la convergence afin de préserver le style. Il n'a jamais été une bête à concours mais un moteur pour jouer et se faire plaisir avec une multitude de personnalités différentes.
On attribue souvent à Bobby Fischer cette formule : "Un joueur d'échecs parfait n'a pas de style". La convergence des moteurs semble lui donner raison mais il ne faudrait pas oublier quand même qu'aucun joueur humain n'arrivera jamais à jouer aussi bien que Stockfish. Si vous voulons utiliser le moteur comme outil d'analyse, la convergence est un phénomène sans grande importance. Mais si nous voulons obtenir du moteur qu'il joue comme un humain à un niveau de force abordable pour nous, il est souhaitable de lui éviter de converger.
Rob Rob, décembre 2025
Moteur d'échecs Dos sous DosBox : quel gain en puissance ?
Je le dis et le répète sur ce site depuis des années : les vieux moteurs d'échecs sous Dos des années 90 sont des partenaires de jeu d'un naturel exceptionnel. Ils sont tout à fait jouables grâce à l'émulateur DosBox. J'explique ça en détails dans la rubrique "Osez les programmes Dos". Je voulais revenir ici sur l'un des arguments avancés : un moteur d'échecs ancien est plus fort avec DosBox sur un ordinateur d'aujourd'hui que sur un vieux Pentium de 1995 - voire un 386DX de 1992 à 25 Mhz. On m'a récemment posé la question : "plus fort de combien ?"
La réponse n'est pas simple et dépend de beaucoup de choses. La première notion qu'il faut avoir c'est que le gain est substantiel mais pas stratosphérique. On pourrait penser en effet que sur un ordinateur moderne un moteur d'échecs devrait être 50 à 100 fois plus rapide et donc vraiment beaucoup plus fort. En réalité, il ne tourne au mieux que 5 à 10 fois plus vite. En effet, DosBox ne débride pas vraiment le moteur. Il est contraint de reproduire une bonne partie des conditions d'époque : caractéristiques du CPU, pénalités d'I/O, architecture 16/32 bits…
De plus, le gain en vitesse est en partie perdu du fait que les moteurs n'utilisent qu'un seul cœur et disposent de tables de hachage minuscules. Ils pédalent pour suivre le rythme ! Moins la recherche du moteur était initialement efficace, plus il connaîtra de limitations sur un système moderne.
Pour bénéficier à fond d'un environnement moderne, le moteur doit avoir aussi une évaluation très saine. Avec une évaluation grossière, qui, par exemple, ne maîtrise pas bien la structure de pions (défaut fréquent des moteurs Dos les plus anciens), les erreurs se répèteront en profondeur au lieu de disparaître. Il ne faut pas oublier en effet que la recherche est guidée par l'évaluation. Si celle-ci est défaillante, aller plus profond ne changera rien.
En résumé, le gain dépend de nombreux facteurs. Retenons une règle empirique, pour au moins avoir un ordre d'idée fiable :
Sur les moteurs les plus primitifs (évaluation grossière, tables de hachage minuscule) la vitesse est multipliée par deux et le gain en Elo est de l'ordre de +50 à +70. C'est le cas de tous les moteurs, mêmes les meilleurs, antérieurs à 1992-93.
Pour des moteurs plus récents, la vitesse va varier de x4 à x8 et le gain en Elo sera plus conséquent. Disons de + 100 à +200. Un exemple :
Fritz 2, moteur de 1992, affichait pour un CT de 10 secondes par coup un Elo moyen de 1850. Avec Dosbox aujourd'hui on grimpe à 1950 Elo.
Fritz 3, moteur plus moderne de 1994-95, passe de 2100 à 2250 Elo. Le gain est plus important car la table de hachage plus consistante permet de mieux exploiter la profondeur d'analyse élevée ; par ailleurs, son évaluation est plus précise que celle de son prédécesseur.
Les moteurs Genius 3 à 5 sont parrmi ceux qui bénéficient au mieux du matériel récent. La V5 de 1996 affichait une force de 2300 Elo. C'était un moteur très régulier, "propre", mais pas dominateur face à la concurrence des Fritz et autres Junior. La V5 peut être estimée à 2500 Elo aujourd'hui car le moteur bénéficiait à la fois d'une excellente évaluation mais aussi d'une recherche puissante, soutenue par des procédés d'élagage performants pour l'époque.
Rob Rob, décembre 2025
Le Elo n'est pas une mesure absolue
J'interrogeais récemment Chat GPT sur le Elo de moteurs anciens et l'IA m'a fait remarquer que "2600 Elo de 1998 n'est pas la même chose que 2600 Elo de 2025". Sur le moment, sa remarque m'a choqué mais bien sûr elle avait raison : le Elo n'est pas une mesure absolue du niveau de force des joueurs d'échecs. C'est une mesure relative, qui situe un joueur dans une population, avec le même protocole, par rapport au niveau de force moyen à l'instant T. Ainsi, il ne fait aucun doute qu'un joueur de 2025 avec un Elo de 2700 est plus fort qu'un joueur 2700 Elo d'il y a 40 ans. L'arrivée de l'informatique dans les années 80 a permis d'accroître les connaissances dans des proportions importantes ; elle a fourni aussi des outils d'entraînement d'une efficacité exceptionnelle ; d'où une forte élévation du niveau des grands compétiteurs. 
Ce qui est vrai pour les joueurs humains et encore plus marquant pour les moteurs d'échecs : 2600 Elo était le plafond des moteurs de 1998. Aujourd'hui le niveau maximum est supérieur à 3600 Elo. Les moteurs bénéficient d'une explosion de la puissance du matériel, de bibliothèques d'ouvertures quasi-parfaites, de tables de finales complètes, de considérables progrès des algorithmes, de la technologie NNUE...
Malheureusement, le Elo n'a aucune mémoire historique et ne peut comparer deux époques. C'est très embêtant pour moi, qui vous parle depuis des années des vieux moteurs et vous annonce des niveaux de force en Elo qui en réalité ne sont significatifs que par rapport à une population de référence : les vieux moteurs des années 90.
Du coup, lorsque je dis "Fritz 3 peut être évalué à 2300 Elo aujourd'hui", ne suis-je pas en train de dire n'importe quoi ? En réalité non, car il est implicite que ce chiffre fait référence au niveau moyen des moteurs des années 90 et non à ceux d'aujourd'hui. Ecoutez bien : si Fritz 3 était comparé aux moteurs de la liste CCRL 40/15 d'aujourd'hui, il perdrait de 5 à 600 Elo !
Pourtant, 2300 Elo est bien le chiffre utile pour nous. Car si le niveau des grands joueurs a fortement augmenté depuis les années 90, le joueur de club moyen, lui, a beaucoup moins progressé. Or, dans les années 90, les moteurs et les humains étaient encore évalués ensemble car la comparaison avait encore du sens. Si je classais Fritz 3 par rapport aux moteurs d'aujourd'hui, il se situerait sans doute entre 1700 et 1800 Elo au lieu de 2300. Mais nous observerions certainement qu'un joueur FIDE 1700 Elo aurait beaucoup de mal à le battre. Car un joueur de ce calibre commet encore régulièrement des erreurs tactiques tandis que Fritz 3 en fera beaucoup moins. Il calculera parfaitement les fourchettes, clouages et mats en 2 à 4 coups.
Donc, finalement, je ne vais pas être obligé de corriger des dizaines de pages de ce site. Ouf !
Rob Rob décembre 2025